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Le son du marin

Le son du marin



Personne ne m’avait prévenue. Personne ne m’avait dit : « Ce n’est pas la solitude qui te tuera, ce seront les petits bruits ». Des générations de gardiens de phare et pas un indice pour m’avertir. Comme si c’était un secret. Le grand secret des gardiens de phare. 
Cela fait maintenant neuf mois que je suis là et je les entends chaque jours, furieusement impuissante à les faire taire. Ils me rendent folle. Et enragée. Ils me traquent sans répit, jours après jours, nuits après nuits. Tous ces petits bruits mécaniques, romantiques, travailleurs, naturels, oniriques, déprimants et des milliers d’autres qui se répètent encore et encore. Certains sont réguliers, d’autres imprévisibles et quelques-uns sont inconnus, inquiétants. Autant de petites aiguilles portées au rouge qui me transpercent dans l’immensité de la solitude qui règne dans le phare.
Parfois, ils m’envahissent à tel point que je ne peux plus rien faire d’autre que les écouter, hypnotisée. Et l’unique manière que j’ai de pouvoir faire quelque chose, c’est de le faire au rythme d’un bruit. J’en choisi un et je me laisse aller à son tempo. 

Le seul que j’aime se trouve tout en haut du phare, dans la coupole. Je ne l’écoute que la nuit en regardant les étoiles, le nez en l’air, à jouir de vaincre la solitude quelques instants. La lentille qui donne vie au phare, qui protège celles des marins, tournent sur elle-même en une rotation qui me plonge dans une légère ivresse. À chaque tour, un léger clac se fait entendre. D’une régularité parfaite, il s’insinue dans mes oreilles et me fait vibrer à chaque fois que je l’entends, de plus en plus pénétrant. J’en suis prisonnière comme un marin et son chant des sirènes.

Une fois, j’ai imaginé que c’était un marin échoué sur la minuscule île sur laquelle se dresse le phare. Il ne portait pour seul vêtement qu’un corsaire blanc et gisait inconscient sur les rochers noirs. Je l’observais d’en haut, penchée autant que je le pouvais au balcon de veille pour mieux le voir. Ses membres s’agitèrent péniblement et il émergea lentement de sa torpeur. Lorsqu’il eut assez de force, il se leva et chancela. Je ne pouvais que voir qu’il était grand, svelte et brun. Sur son corps, du sable et du sang formaient de beaux et cruels motifs.
Il resta debout un long moment et je me décidais à l’interpeller. J’étais trop loin de lui pour voir son visage, mais cela m’importait peu. Il m’avait déjà conquise et sa beauté ne faisait aucun doute. Elle me paraissait évidente.
Chancelant encore, il traversa la plage rocailleuse jusqu’à la base du phare et y entra. Petit à petit le son de ses pas montant l’escalier me parvint. Je n’avais pas entendu de son aussi agréable depuis si longtemps. Je fermais les yeux et me laissa bercer jusqu’au moment où je le devinais franchir les dernières marches.
Je vis d’abord le haut de sa tête et ses mèches brunes, puis il monta une marche de plus et me révéla son visage fin et marqué par le soleil et la mer. Encore une marche et je découvris un large torse mais d’une grande finesse également. Ses muscles étaient dessinés mais tout aussi fins que le reste. Une marche de plus et je le vis jusqu’au bassin et les deux dernières marches me le révélèrent totalement. Toute la finesse de cet homme exprimait une harmonie, une justesse, qui le rendait beau et attirant. Incontrolablement attirant. Et la lumière de la Lune, des étoiles et de la nuit offraient à sa peau une teinte quasi surnaturelle comme si je l’observais à travers un cristal où se mêlait un bleu nuit et du blanc étincelant. À intervalle régulière, la lentille l’inondait de lumière et une auréole angélique l’entourait alors.

Je regardais mon marin exactement de la même manière qu’il devait regarder mon phare dans la nuit : comme une preuve que sa solitude était terminée, qu’il n’était pas perdu, et peut-être comme la promesse de trouver une femme dans le port. Mue par cette passion, je fis un pas vers lui et je goûtais ses lèvres encore salées. Ses bras, étonnamment puissants malgré leur finesse, m’enlacèrent et je me sentie immédiatement protégée, à l’abri, à ma place et je su à cet instant que je pouvais totalement m’abandonner à lui. Il retira son corsaire et déboutonna délicatement mon chemisier, délivrant ma poitrine déjà affermie et tendue. Puis il m’embrassa dans le cou avec douceur et fit glisser mon jeans. Je l’accompagnai dans son mouvement, le retira totalement, et en fit de même avec ma culotte. Il était calme et avenant, j’étais maladroite et pressée.

Il me prit à nouveau dans ses bras puis m’allongea sur le sol bétonné de la coupole, juste sous les étoiles. Il s’allongea également et me fit venir sur lui en me prenant par la taille. Le sol était glacé, mais nous étions brûlants. Ce contraste me fit frissonner et une sensation exquise de froid et de chaud ressentis en même temps apparue lorsqu’il effleura mon dos de ses mains. Chacune de ses caresses étaient à peine perceptibles et augmentaient l’intensité de mon désir. C’était un doux mélange d’exaspération et d’envie. Je voulais qu’il s’arrête et qu’il aille plus loin, mais je voulais tout autant qu’il continu. Et il continua jusqu’à ce que ce soit mon corps qui prenne tout seul la décision. Mes reins commencèrent à s’échauffer sur sa taille et il me caressa plus vite, plus fort et ponctuait les dessins qu’effectuaient ses mains avec un baiser chaud qui me faisait trembler. Il vient en moi sans prévenir, mais finalement exactement au moment où il l’aurait fallu. Je le compris lorsque je le sentie dans mon ventre. C’était la finalité d’une progression d’un plaisir offert de manière experte. Une sorte d’apothéose. Il aurait pu s’arrêter à cette unique entrée en moi, j’étais complètement heureuse, transpirant littéralement une sorte d’orgasme que je n’avais jamais connu auparavant. Il était toujours en moi, immobile et pourtant je vibrais comme jamais. Un nuage noir traversa mon champ de vision et je me sentis partir, submergée par la jouissance, paralysée par l’effort qu’il fallut à mon corps pour hurler de plaisir. Toujours en moi, il se retourna et s’allongea sur moi en prenant ma nuque d’une main, callant son autre main sous mes fesses. Ses coups de reins me coupèrent le souffle que je n’avais même a eu le temps de reprendre. Ma vision se brouillait de plus en plus sous le torrent d’extase que provoquait chacun de ses mouvements. Je poussais des râles de plaisir à chaque coup, électrifiée. J’étais incapable de faire qui que ce soit si ce n’est ressentir cet orgasme qui ne semblait pas avoir de fin. Je ne savais plus si les étoiles que je voyais étaient les vraies ou si c’était celles qui me faisait. Seul le son régulier de ses mouvements résonnait au rythme de la lentille qui tournait. Clac, clac, clac…