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La piscine

La piscine



Cette semaine de novembre a été épuisante. Temps maussade et humide, déplacements, réunions inutiles et Léna pas eu le temps de penser à elle. Il est 18h15 lorsqu’elle met enfin le nez dehors, quittant l’immeuble haussmannien de sa nouvelle boite. Elle gère une vingtaine de collaborateurs. De véritables geeks ou disciples des équations à trois inconnues. Léna, c’est tout le contraire : une sensibilité aux mots, au beau et aux rêves. Elle sait accompagner ses collaborateurs vers des challenges, en cherchant la motivation, et en apportant de l’écoute. Elle est appréciée de tous, et surtout des hommes. Il faut dire qu’elle dégage une énergie communicative qui donne envie de la suivre, ici, comme au bout du monde.

Ses amours sont rares en ce moment. Pas le temps. Il y a bien son adjoint qui la drague de temps à autre. Il est drôle, étonnamment subtil, mais ce n’est pas du tout son style. Certes c’est un ancien sportif mais qui n’a pas su ou pu s’entretenir, la quarantaine finissante. Quoiqu’il fasse assez jeune lorsqu’il se rase ! Léna ne sait pas quel sport il pratiquait ? Elle miserait bien sur un sport collectif, hand-ball ou rugby. Mais, bon, il reste son adjoint, et il ne faudrait pas tout mélanger. Léna ne fait rien pour que les hommes ne le remarque pas. Elle accumule des dizaines de détails qui peuvent plaire à un seul ou à tous les hommes. Ce petit tatouage dans le creux de la nuque qu’on devine parfois, ce bijou qui se love aux prémices de sa poitrine, ses cheveux qui révèlent toutes les nuances de noir tel un tableau de Soulages, une petite cicatrice près de sa paupière, le dessin de ses lèvres, la nacre de sa peau, et l’élégance de son allure quoi qu’elle porte.

Léna ne se déplace jamais sans un très grand sac bariolé, souvenir d’un voyages aux Antilles. Tous ses collègues se demandent souvent ce que peut contenir ce sac. Un milliard de choses utiles et inutiles, pour être prête à toutes les opportunités de la vie. Mais il contient l’essentiel pour elle ce soir, ses affaires de piscine. Elle ne pense qu’à ça depuis deux heures. Plonger, nager, se laisser porter, réconforter son corps et son esprit. 18h15, c’est un peu serré pour profiter pleinement de la piscine qui ferme ses portes à 19h. Mais elle connait bien le personnel qui la laissera certainement rentrer et profiter quelques minutes.

« Mademoiselle, il ne faudra pas trainer, les cours collectifs se terminent dans quelques instants, et ensuite on ferme ». Léna avait anticipé cette injonction, et file se changer dans sa cabine préférée, celle du fond qui jouxte les douches. Elle enfile ce maillot rouge carmin qui lui souligne ses formes, enclenche une chaude douche, et se carapate dans le grand bassin, en croisant les derniers nageurs de la journée. Même malgré la hâte de s’immerger dans l’eau encore vibrante des derniers nageurs, elle remarque un nouveau maître-nageur. Généralement elle apprécie ces corps sculptés par l’effort, et c’est toujours avec un œil malicieux qu’elle détourne son regard. Mais aujourd’hui, c’est un maitre-nageur inconnu au bataillon qui interpelle sa curiosité. Il n’est pas comme les autres. Ce n’est pas qu’il ressemble totalement à son collègue, le subtil, mais ce qu’il dégage l’intrigue. Il a quelque chose du plus. Pas beaucoup plus grand qu’elle (il faut dire qu’elle mesure 1m65), il dégage de la puissance brute, une solidité, un ancrage. Mais c’est surtout son regard perçant qui l’éblouit. Ses yeux bleus azur semblent pouvoir la déshabiller. Etonnante sensation de se faire harponner ainsi par deux yeux. Elle réajuste machinalement son maillot en glissant deux doigts entre ses cuisses. L’homme n’a pas loupé une seconde de cette scène furtive.

Un peu étourdie par cet homme, Léna marque une pause étonnante avant de plonger dans l’eau. Son corps est resté semi-courbé une demi-seconde. Interrompu dans son élan son plongeon a été plus un « plouf » qu’une entrée de sirène !
Sous l’eau, elle ne sait pas comment ressortir sans montrer sa gêne. Il revient à sa mémoire les paroles d’une chanson d’enfance : « Y’a pas qu’au fond de la piscine que mes yeux sont bleu marine. Tu les avais repérés sans qu’il y ait un regard. Et t’avais rappliqué, maintenant je paie l’effet retard. Avant de toucher le fond, je descends à reculons, sans trop savoir ce qui se passait dans le fond ». Mais sirène elle le devient lorsqu’elle nage, et ressort avec fluidité. Le maitre-nageur a détourné son regard et s’affaire à ranger le matériel pédagogique. Ce serait presque une déception pour Léna de constater qu’elle n’attire pas plus que cela cet homme. Elle se retrouve seule dans ce grand bassin. Elle en profite pour fermer ses yeux en nageant. Elle laisse l’eau caresser son corps et pense à ses dernières tendresses intimes. Elle adore s’évader seule certains soirs, dans sa lourde couette, lumière éteinte en écoutant ce vieux trip hop que lui a fait connaitre son premier amour. L’eau lui procure parfois ce plaisir solitaire. Elle se demande si elle est seule au monde à avoir ce plaisir.

« Mademoiselle, la piscine va fermer, je vous remercie de gagner les vestiaires ». Léna ne reconnait pas cette voix mais sait bien que cela ne peut venir que de l’homme au regard si pénétrant. Ce n’est pas très glamour se dit-elle de se faire ainsi rappeler. Elle aurait tant rêvé de mots plus choisis ; « Mademoiselle, votre plaisir va connaitre une pause avant des voluptés charnelles que je peux vous faire découvrir dès la fermeture de votre piscine ». Elle sort de l’eau. Ses longs cheveux soulignent sa sensualité naturelle, l’eau semble enjôler ses courbes, la fraicheur de cette sortie de bain laisse pointer ses tétons bien visibles à travers son maillot. Le maitre-nageur a remarqué ce frisson.
Regagnant les vestiaires, Léna profite de la chaleur de la douche pour savourer encore quelques instants le plaisir de l’eau sur son corps. Une buée se dégage des douches. Léna semble enivrée par cette torpeur. Elle sait qu’elle ne peut pas rester aussi longtemps qu’elle le souhaiterait sous cette douche. Seule, elle se permet de retirer son maillot, et passe ses doigts là où la vie prend tout son sens. Elle pense à ses prochains amants, à ce qu’ils pourraient être, ce qu’ils pourraient lui faire. Léna sait que cette douche ne peut durer. Regrettable soupire-t-elle.

Il lui faut maintenant se sécher avant d’affronter ce vent d’automne. Elle fouille dans son grand sac, mais sa serviette n’y est pas. Elle cherche de nouveau, sans résultat. Aïe… elle ne peut rester ainsi. Seule dans son vestiaire, personne pour l’aider. Elle ne peut décemment sortir mouillée, ou courir dans les couloirs de la piscine à la rechercher d’un bout de tissu. Bon, galère pour galère, elle se décide à appeler le maitre-nageur. Sans trop forcer sa voix, ce qui est ridicule puisqu’elle est seule, elle se met à demander de l’aide. « S’il vous plait, j’ai un petit souci. Il y a quelqu’un ? S’il vous plait ». Rapidement, presque trop rapidement même, le maitre-nageur lui répond déjà. Etait-il déjà présent depuis longtemps près du vestiaire ? A travers le petit muret de séparation, elle lui explique la situation. Il exécute sa demande et reviens avec une longue serviette en coton. En passant son bras au-dessus du muret, elle a bien remarqué son sourire qui semble à la fois lui dire « et voilà mademoiselle », mais aussi qui lui supplie de baisser ses yeux. Ce qu’elle fait. Son regard est attiré par le maillot de bain ajusté, qui souligne le bassin du maitre-nageur. Elle ne peut ignorer sa vive masculinité. Elle est maintenant certaine qu’il devait être présent depuis de longues minutes. Gênée, elle se détourne de lui. Mais l’homme lui demande si elle ne souhaite pas de l’aide. « M’aider pour m’essuyer, Monsieur ! ». Puis elle marque un temps d’arrêt. « M’essuyer, vous voulez ? ». Le seul péché pour Léna serait de ne pas se risquer pour vivre leur désir. Doit-elle oser ? Léna se dit que sa condition humaine ne lui permet pas de vérifier l’hypothèse par l’expérience, de sorte qu’elle ne saura jamais si elle a réellement tort ou raison de répondre à son sentiment. Elle cligne des yeux pour signifier son approbation. L’homme entre dans le vestiaire.

Léna laisse tomber sa serviette au sol. Son corps encore chaud enveloppe celui de l’homme. Si elle avait un doute sur sa virilité, la proximité de leurs corps ne laisse plus aucune ambiguïté. Elle ressent son sexe sortir de son maillot. Les mains de l’homme cernent sa tête et descendent le long de son corps. Aucun mot. Leurs bouches se découvrent, leurs langues se dévoilent. Léna succombe et se laisse emporter. Ses jambes vacillent sous la fougue. L’homme la tient avec force. Il l’oblige à mettre son dos contre son torse. Elle se penche jusqu’à sentir son membre lui caresser le bas du dos. Il frotte son sexe au milieu de ses fesses, d’un mouvement rapide, puissant. Jamais elle n’avait eu cette sensation de caresse le long de son sexe, mais aussi de ses fesses. Cette danse dure de longues minutes sous une pluie chaude. L’humidité des douches, de son corps, de son être la plonge comme dans un bain bouillonnant. Elle n’ose se retourner de peur d’être saisie d’effroi devant ce membre si puissant. Mais maitrise-t-elle vraiment ses choix ? Son esprit et son corps sont attirés par l’érotisme absolu de l’instant.

Les amants se font de nouveau face, l’eau ruisselle, Léna glisse le long du corps puissant, tentant vainement d’agripper des muscles qui se dérobent à elle. Agenouillée, elle découvre l’étendue de cette vigueur. Un sexe ferme s’expose à ses yeux. Léna le saisit d’une, puis de sa seconde main. Surprise de pouvoir encore voir apparaitre l’extrême plaisir de l’homme, elle l’accueille à travers ses lèvres. Sa langue se délecte de cet extrême gonflé, chaud, et si doux. Elle se surprend à engager des caresses frénétiques, en les rythmant de mouvement avec ses mains. Elle sent qu’elle maitrise maintenant le tempo. Sa langue tourne à une vitesse folle provoquant des contractions incontrôlées. Léna fixe le bleu profond des yeux de l’homme. Pour la première fois, l’homme s’abandonne. Il est à sa merci. Elle le tient, de ses mains, de sa bouche. Elle joue avec lui, fière de cette maitrise. Jamais elle n’avait eu ce sentiment de domination. L’eau se mélange aux caresses. Léna ne pense qu’à aspirer celui qui se tient devant elle, allant au bout de ce qu’elle peut mettre dans sa bouche. L’envie est décuplée chez les deux amants par la crainte d’être surpris. Elle repense à cette chanson : « Personne ne te voyait sous mon petit pull marine, m’enlacer j’t’embrassais jusqu’au point de non-retour, plutôt limite de notre amour ».

Leur chorégraphie passionnée se poursuit au sol. L’inconfort du carrelage n’existe plus tellement leurs esprits sont en fusion. Ils se devinent. L’envie de n’être qu’un est plus fort que tout. Leurs sexes aimantés se délectent. Léna ne soupçonnait pas la sensibilité extrême de son corps et les frissons sur chaque aller et venue du sexe de l’homme en elle. Elle ressent l’énergie de ce sexe envahir l’entièreté de son être. C’est comme si tout son corps était parcouru par un influx sensoriel. Le monde peut s’arrêter. L’infiniment grand, les étoiles filantes, les rayons du soleil sont en elle. Elle jouit.

Cette jouissance est différente de celles qu’elle a pu connaître. Elle survient dans un moment de plénitude et se poursuit, se décuple, s’accroît de secondes en secondes. Léna ne peut crier, elle exprime son orgasme par des spasmes délicats. Elle découvre que ce plaisir ressemble à l’éternité. Elle accroche les épaules de l’homme comme pour mieux entrer en fusion, l’obligeant à la pénétrer de toute sa longueur, et découvrant des zones sensibles inconnues. Léna veut poursuivre cette délectation pour ressentir la vie absolue. L’homme a bien perçu la force de l’envie. Son sexe découvre une autre voie plus étroite, mais infiniment exquise. Léna exprime pour la première fois un « ho ! » de contentement, de truculence, de curiosité. Elle sait qu’elle va poursuivre cette jouissance dans le tourment de la rencontre entre la délectation et le proscrit. L’excitation que procure cette perspective réveille en Léna une fougue insoupçonnée. Elle accueille pleinement l’homme avec le désir de lui faire perdre ses moyens. Il est surpris par l’audace de ce bassin qui mène la danse. Son sexe, solide, pénètre un chemin étroit, marqué par des passages savoureux de bonheur. Ils ont conscience de chaque centimètre de leurs peaux. Léna exprime de plus en plus sa jouissance. Sa voix résonne dans ce vestiaire. Elle veut ressentir encore et encore la fleur de l’interdit. Elle s’essaye à toutes les postions en conservant le sexe de l’homme dans son antre jusqu’à pouvoir recevoir le jet de la douche sur son sexe ouvert. Cette sensation l’invite à imaginer que plusieurs hommes l’accompagnent dans son plaisir. Cette idée l’excite d’avantage. Elle s’assoit et se relève de plus en plus vite sur le sexe de l’homme. Elle s’offre entièrement, crie, hurle, explose à perdre conscience. Cette seconde jouissance est vive, courte, explosive. Se retournant, elle saisit fermement le sexe de l’homme pour l’emporter aux nuées et au point de non-retour. Quelques mouvements suffisent à enclencher un déchainement volcanique qui se mêle aux perles d’eau.

Respiration profonde.

Les douches viennent de s’arrêter. La minuterie de la piscine a mis fin aux lueurs des néons. On entend le ploc des gouttelettes qui tombent sur le carrelage où s’exposent deux corps. La chaleur qui s’en dégage assèche le sol. La force de l’expérience vécue et la perte de repères temporels les conduisent à s’endormir.
Lorsque le premier rayon du soleil atteint le corps de Léna elle constate qu’elle se trouve seule dans cet immense vestiaire. Sa montre indique 8h15. La piscine ouvre dans un quart d’heure. Il lui faut moins de temps pour s’habiller, se coiffer, se maquiller légèrement et s’éclipser par l’issue de secours. Elle marche le long de l’avenue qui la mène sur le lieu de son travail, elle regarde les quelques feuilles encore présentes sur les arbres tombées. Léna repense à cette bulle qu’elle vient de vivre, cet instant hors du temps, cette magie. Son expérience érotique a offert à son corps les prestiges enfouis de son esprit. La fatigue ne l’envahit pas. Elle sait maintenant ce que signifie exister.